On entend souvent les entreprises nous dire qu’il devient difficile d’attirer et de fidéliser les talents. Le constat est juste : les attentes des jeunes évoluent, les parcours se diversifient, et le recrutement demande aujourd’hui plus d’efforts qu’hier. Et il suffit de jeter un œil à la pyramide des âges en France pour comprendre que ces tensions sur les recrutements ne devraient pas disparaître de sitôt.
Dans ce contexte, il me semble utile de rappeler une chose simple : attirer les talents de demain demande du temps, de l’énergie, de la disponibilité et un véritable investissement relationnel. Mais les retenir demande tout autant : encore faut-il que la rencontre entre un jeune, une formation et une entreprise se fasse dans de bonnes conditions, avec une compréhension réelle des attentes de chacun.
Cela vaut pour les écoles et les CFA. Cela vaut aussi pour les entreprises. Et cela suppose, des deux côtés, une logique de partenariat réel.
Sur le terrain, nous voyons bien que la qualité de la relation entre un établissement de formation et une entreprise fait souvent la différence. Lorsqu’il existe un dialogue, même simple, les besoins sont mieux compris, les profils sont mieux orientés, et les recrutements ont davantage de chances d’aboutir dans de bonnes conditions. Surtout, cette qualité de relation favorise aussi une meilleure intégration des jeunes dans l’entreprise, donc une meilleure rétention des talents.
À l’inverse, lorsque la relation reste distante ou trop ponctuelle, chacun y perd. Les entreprises connaissent moins bien les spécificités des formations, les établissements appréhendent moins finement les attentes des recruteurs, et les jeunes peuvent eux-mêmes en subir les conséquences. Le risque est alors double : recruter moins justement et ensuite peiner à fidéliser.
C’est pourquoi la relation entre une entreprise et un établissement de formation ne peut pas être réduite à une simple logique de transmission de candidatures. Elle gagne à s’inscrire dans un échange plus large, plus régulier, plus qualitatif.
On entend aussi parfois une réponse devenue classique : "Toutes nos offres sont sur notre site.”
Bien sûr, nous pouvons les relayer, et nous le faisons. C’est utile, et cela fait partie du travail normal de coopération.
Mais un site carrière, aussi bien conçu soit-il, ne remplace pas totalement un échange. Il ne permet pas toujours de comprendre ce qui est réellement attendu sur le poste, ce qui est négociable, ce qui relève d’un besoin récurrent, d’une opportunité ponctuelle ou d’un profil particulièrement recherché. Il ne donne pas non plus à lui seul toute la profondeur d’une culture de recrutement, de contraintes internes ou d’un contexte d’équipe.
Autrement dit : publier des offres est une base, mais construire une relation permet d'aller plus loin.
Une vraie relation école-entreprise ne se construit ni dans l’urgence ni uniquement au moment du besoin. Elle se bâtit dans la durée, avec un minimum de dialogue, de confiance et de connaissance mutuelle.
Nos chargés et chargées de relation entreprise ont précisément ce rôle. Ils et elles ne sont pas là pour ajouter de la complexité, mais au contraire pour la réduire. Ils et elles connaissent les formations, les rythmes d’alternance, les attendus pédagogiques, les profils des jeunes, les points de vigilance et les conditions d’une intégration réussie. Leur expertise permet d’aider les entreprises à mieux cibler leurs besoins, à mieux comprendre les temporalités de l’alternance et à sécuriser davantage leurs recrutements.
En d’autres termes, leur démarche n’est pas de demander une faveur, mais de proposer une coopération utile.
De notre côté, les écoles et le CFA EVE investissent beaucoup dans cette relation. Accompagner les jeunes, préparer leur insertion, qualifier les offres, informer les entreprises, sécuriser les parcours, suivre les intégrations, prévenir les ruptures, ajuster les missions aux exigences de la formation : tout cela demande un travail important. Ce travail est souvent discret, mais il est essentiel.
Et il prend d’autant plus de valeur lorsqu’il s’inscrit dans une logique de réciprocité.
Quand une entreprise accepte d’ouvrir un échange avec un chargé ou une chargée de relation entreprise, elle ne “rend pas service” à l’école. Elle contribue à une démarche commune, dont elle pourra observer un bénéfice concret : un meilleur ciblage, une meilleure compréhension des viviers, une relation plus fluide, un recrutement plus pertinent et, souvent, une meilleure capacité à retenir les jeunes talents une fois recrutés.
Bien sûr, les services RH sont très sollicités. Les agendas sont chargés. Les priorités sont nombreuses. Personne ne l’ignore. Mais précisément, dans un contexte où l’accès aux compétences devient un enjeu stratégique, entretenir un lien avec les établissements de formation n’est pas un sujet secondaire. C’est un investissement utile : quelques échanges bien menés peuvent éviter des incompréhensions, améliorer la qualité des candidatures, fluidifier les recrutements, renforcer l’attractivité de l’entreprise auprès des candidats et contribuer à mieux fidéliser ceux qu’elle choisit d’intégrer.
La relation école-entreprise ne devrait donc pas être pensée comme une simple chaîne de sollicitations, mais comme une relation de travail à part entière, fondée sur la réciprocité, le respect mutuel et l’intérêt partagé.
À l’heure où tant d’organisations disent chercher les compétences de demain, il me semble important de rappeler cette vérité très concrète : les talents ne se décrètent pas. Ils se rencontrent, ils se comprennent, ils s’accompagnent. Et, pour qu’ils restent, ils doivent aussi pouvoir s’inscrire dans une relation de travail cohérente, lisible et bien préparée. Cela demande, des deux côtés, un engagement réel.
Heureusement, de nombreuses entreprises continuent à faire vivre cette relation de manière exemplaire. Elles prennent le temps d’échanger, de mieux comprendre nos formations, de venir à la rencontre de nos candidats lors des évènements que nous organisons… Bref, de co-construire avec nous des recrutements plus pertinents. Et, souvent, ce sont aussi celles qui parviennent le mieux à intégrer puis à fidéliser les jeunes talents qu’elles recrutent. Ces entreprises montrent concrètement qu’une relation école-entreprise fondée sur le dialogue, la réciprocité et la confiance fonctionne et bénéficie à tous. J’invite donc toutes les entreprises, y compris les plus sollicitées, à s’engager dans cette voie.
Eric CALAND
Directeur général du CFA EVE
Ajouté le 16/04/2026
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